Agacement de l’auteur en ré mineur, ou comment remuer le Carambar dans la carie.

Vous avez sans doute entendu le refrain médiatique actuel : « Le livre va mal. Les Français ne lisent plus. Les librairies ferment. Que faire ? ». Quand on écrit depuis près de trente ans – c’est mon cas – il y a de quoi s’étrangler avec son marque-page. Parce que les médias (y compris le service public…) qui s’inquiètent aujourd’hui de la disparition des lecteurs sont souvent les mêmes qui ont méthodiquement organisé la disparition des livres de leurs antennes.

En trente ans, j’ai vu fondre la place accordée à la littérature comme un glaçon oublié sur un radiateur. Autrefois, pas un talk-show sans un écrivain parmi les invités. Plusieurs émissions littéraires. Des rendez-vous culturels. Des débats. Des chroniques.

Aujourd’hui ? À part La Grande Librairie et un ou deux autres miraculés, plus rien.

Et pendant ce temps, nos attachées de presse pratiquent quotidiennement un sport extrême : tenter de placer un auteur dans un média qui préfère recevoir le dernier candidat de téléréalité, un influenceur spécialiste du vide ou un chroniqueur qui parle d’un sujet qu’il n’a jamais étudié.

Et voilà que soudain, miracle, depuis quelques jours, les médias retrouvent du temps d’antenne pour parler des livres ! Malheureusement, c’est uniquement pour annoncer leur mort.

C’est un peu comme un pompier qui passerait vingt ans à vider les extincteurs avant de débarquer devant l’incendie en demandant, l’air inquiet : « Mais enfin, comment en est-on arrivé là ? »

Au secours, Bernard Pivot, reviens !