Confidence Livresque 09 : American Rhapsody…

Il est temps de vous parler de mon prochain roman… Non, pas Le Fantôme de Versailles, quatrième et ultime volet des Enquêtes de Gabriel Joly, qui paraîtra à la rentrée. Je veux parler du suivant. Celui de 2026, qui m’occupe l’esprit et les journées depuis près d’un an, et pour lequel je me documente sans relâche.

Vous le savez, j’ai un goût très prononcé pour les grands écarts — de genre, d’époque, de ton. Ce projet ne fait pas exception. L’action se déroule dans les années 1880, entre la France et les États-Unis, et l’intrigue mêlera l’élan romanesque du western à l’atmosphère trouble du roman noir.

J’y raconterai l’histoire, authentique, de Pierre Wibaux. Originaire de Roubaix, héritier d’une prospère filature, il décide un jour, sur un coup de tête, de tout quitter pour partir à la conquête de l’Ouest. Direction : le Montana. Là-bas, après mille péripéties, le Français devient l’un des plus grands éleveurs de bétail de la région. Sa réussite est telle que la ville où il s’installe est rebaptisée Wibaux en son honneur… et, plus tard, ce sera tout le comté qui portera son nom (vous pouvez chercher…).

Bien sûr, pour les besoins du récit, je prendrai quelques libertés romanesques. Mais, comme toujours, je m’attacherai à rester fidèle à l’esprit et à la richesse de la véritable histoire — et celle-ci, croyez-moi, ne manque pas de rebondissements. J’ai la chance de pouvoir m’appuyer sur des sources nombreuses et précises, notamment grâce à l’aide précieuse de l’un de ses descendants, le cher Loïc Wibaux, ainsi que de plusieurs institutions du Montana qui m’ont généreusement ouvert leurs archives. Et pour mieux ressentir, de l’intérieur, ce que pouvait être la vie de ces pionniers, je me prépare même à passer une semaine en septembre dans un ranch, perché sur les hauteurs du plateau des Mille Vaches. Une immersion grandeur nature !

Pour l’instant, le titre du livre est American Rhapsody. Il changera peut-être… ou pas.

Mais une chose est certaine : vous comprenez maintenant un peu mieux d’où vient le nom de mon cheval, n’est-ce pas ?

Confidence Livresque 08 : Un artiste discret…

En 2015, l’un de mes amis a été envoyé faire un séjour forcé entre les quatre murs d’une vilaine cellule… Chez nous, la tradition veut qu’on prenne régulièrement le temps d’écrire à ceux qui sont privés de liberté, et c’est ainsi qu’a commencé une longue relation épistolaire avec ce gaillard si singulier. Paradoxalement, c’est dans ce contexte d’enfermement que, de lettre en lettre, de confidence en confidence, se sont tissés les liens les plus forts de notre amitié, laquelle est devenue aujourd’hui l’une des plus chères qui me soient. Comme, pour tromper son ennui, j’avais pris l’habitude de lui envoyer des livres – parfois en double exemplaire parce qu’il faut croire qu’une partie des employés en milieu carcéral a la fâcheuse habitude de se servir au passage – je lui ai évidemment fait parvenir “Nous rêvions juste de liberté” au moment de sa publication, un livre qui, naturellement, allait lui parler, non seulement parce que rêver de liberté, on ne le fait jamais aussi bien que quand on la perd, mais aussi parce que l’ami en question connaît fort bien la vie des motards sauvages… Le livre, je crois, a fait mouche.

Un an plus tard, quand enfin il est sorti du bazar, je suis allé le voir chez lui, dans son Grand-Est chéri, où nous avons passé une soirée formidable, faite de soulagement, de joie et d’espoir.

Soudain, je remarque une petite peinture sur un mur, qui attire mon regard. Qui m’hypnotise, presque. Je demande à mon ami d’où elle vient, et alors il m’apprend qu’il en est l’auteur, qu’il l’a peinte, justement, dans sa cellule ! Je tombe des nues, ignorant que mon ami peignait, et, pour tout dire, je suis bouleversé. Je lui dis que c’est dommage, parce que sa peinture aurait fait une couverture extraordinaire pour “Nous rêvions juste de liberté”… Et voilà que ce pirate au grand cœur se lève, décroche la peinture du mur, me la tend et me dit : “ Tiens, elle est à toi ”. Gêné, je commence par refuser, mais il insiste, et, soyons honnête, quand ce type insiste, on ne refuse pas trop longtemps !

Depuis ce jour, cette peinture trône sur mon bureau, elle est là, à côté de moi, et il n’est pas un seul livre que j’aie écrit sans que mes yeux s’y posent, y cherchant l’inspiration ou la motivation.

Dix ans plus tard, quand l’idée de “Pour ne rien regretter” m’est venue, comme je vous le racontais dans ma précédente Confidence, son intrigue s’est imposée à moi comme une évidence. Mais ce n’était pas la seule. Quand j’ai présenté l’histoire à mon éditeur, je lui ai dit que la couverture de ce livre existait déjà, qu’elle trônait sur mon bureau, et que rien au monde ne pourrait me rendre plus heureux que de le voir contacter mon ami Franco Minotti afin d’en acquérir les droits de reproduction. Vous connaissez la suite.

Mon ami, mon frère, sois ici remercié. Nous sommes deux électrons libres dont les routes, aussi différentes soient-elles, se croiseront à jamais.

Confidence Livresque 07 : Merci Daniel.

Pendant longtemps, quand on me demandait s’il y aurait une suite à Nous rêvions juste de liberté, la question me laissait perplexe. Pour moi, l’histoire de Bohem et de la bande à Freddy se suffisait à elle-même – elle n’appelait pas de prolongement.

Et puis un jour, comme ça, sans prévenir, une idée m’est tombée dessus. Comme un cadeau venu de nulle part. Comme une urgence qui me brûlait les doigts, une évidence qui me réclamait de prendre la plume, toute affaire cessante, pour la laisser sortir. Au fil des jours, cette idée a pris forme et l’intrigue de Pour ne rien regretter s’est concrétisée. Ce faisant, j’ai rapidement compris que, sans en avoir l’air, l’aventure de Véra était en droite ligne de Nous rêvions juste de liberté. Certes, ce n’était pas une suite directe. C’était une réponse. À dix ans d’intervalle.

Nous rêvions juste de liberté racontait les vicissitudes de ma génération. Pour ne rien regretter parle de celles de mes enfants, qui viennent tout juste de dépasser la vingtaine. Alors que je venais, moi, de faire l’intérieur à ma cinquantaine, l’envie de tisser un lien entre nos combats s’est imposée à moi : entre les combats de ma génération et ceux de la leur, entre ceux de Bohem et ceux de Véra, entre ce que nous avons cru possible, et ce que les générations nouvelles tentent encore d’inventer. D’espérer.

Et cette gêne que j’éprouve parfois à l’idée de laisser à nos enfants le monde tel qu’il est, je l’ai confiée à Freddy. Freddy, qui voit grandir sur les ruines du passé une jeune fille qui aurait pu être celle de Bohem. Une jeune fille libre. Qui ne baisse pas la tête et qui, par sa singularité, s’efforce d’éveiller les consciences.

Bref… Au début, ce livre devait s’intituler Et nous voulions tuer Goliath. Certains s’en souviennent peut-être… C’était un titre plus rude. Plus frontal. Et puis, un jour, un autre titre s’est imposé à moi. Plus doux, plus intime peut-être : et c’est celui qu’il a porté à sa naissance. Pour ne rien regretter.

Mais savez-vous seulement d’où il vient ?

Peut-être avez-vous reconnu ces quelques mots. Oui : c’est bien la fin d’une phrase tirée de l’une des plus belles chansons de… Daniel Balavoine (Le Chanteur). Car certes, cette chanson commence par “Je me présente, je m’appelle Henri”… OK. Ça va. Je sais. Mais surtout, elle se termine par cette phrase qui m’a toujours bouleversé, d’autant plus que Balavoine l’a écrite alors qu’il n’était encore qu’un jeune homme : “J’veux mourir malheureux… pour ne rien regretter.” Cette phrase me hante depuis toujours. Elle m’habite. Je crois même qu’elle me guide, ici et là. Et je crois en tout cas qu’elle résonne profondément avec l’univers de Bohem, de Véra, et de ceux qui, comme lui, comme eux, n’ont jamais voulu plier. J’ai pour Balavoine une affection toute particulière. Il est de ces quelques personnes pour lesquelles mon admiration va bien au-delà de leur œuvre, jusqu’à leur personnalité même, Gary, de Beauvoir, Brassens…

Mais attendez ! Ce n’est pas tout ! Les titres des trois parties du roman ? Y avez-vous prêté attention ? Ne vous semblent-ils pas, eux aussi, un discret hommage à cette même chanson ? 😉

Allez, demain, c’est promis, je vous raconterai l’histoire cachée derrière la couverture de ce roman. Car jamais une couverture ne m’a été aussi précieuse que celle-ci !

Confidence Livresque 06 : Nulle part, nul temps… ou presque !

La rédaction, en 2014, du roman Nous rêvions juste de liberté fut pour moi une expérience singulière, profondément émouvante. Semi-autobiographique, c’est sans doute le roman le plus personnel que j’aie jamais écrit. Pourtant, je ne voulais pas qu’il le soit trop – du moins pas au point de verser dans un certain nombrilisme germanopratin, si vous voyez ce que je veux dire… J’ai donc cherché à l’extraire de ma propre réalité, à le détacher d’un contexte précis, pour l’ancrer dans une époque volontairement floue et un lieu indéfini. Le thème central étant l’adolescence, ses rêves de liberté, ses joies et ses souffrances, mon souhait était que chaque lecteur puisse s’approprier le récit, imaginer qu’il se déroule à l’époque de sa propre adolescence, dans les grands espaces de notre inconscient collectif.

Sur le plan temporel, le pari semble avoir fonctionné : selon leur âge, les lecteurs situent l’action du livre dans les années 70, 80 ou même 90. Il n’y a en effet aucune référence historique explicite – j’y ai veillé –, si ce n’est deux détails, glissés volontairement. D’abord, un appareil photo Polaroïd est utilisé dans une scène marquante, ce qui date forcément le récit après 1972. Ensuite, les personnages assistent à un concert. Pour éviter toute anachronie, j’ai choisi le groupe Blue Öyster Cult, actif depuis 1967 et toujours sur scène aujourd’hui…

Mais pour ce qui est du lieu, j’ai observé – non sans amusement – que la grande majorité des lecteurs imagine spontanément que le roman se déroule aux États-Unis. Ce n’est pas tout à fait faux… ni tout à fait vrai : il se passe surtout dans votre imaginaire ! Cela dit, cette interprétation est assez logique : c’est bien aux USA que notre inconscient collectif situe naturellement les grands espaces de liberté que traversent les héros. Pourtant, si l’on y prête attention, tous les noms de villes cités dans le roman ont des sonorités françaises : Providence, Beaumont, Vernon, Carmel…

Ce faisant, je ne me suis pas interdit de puiser dans des lieux bien réels, et très personnels, souvent liés à mon adolescence. Allez, je vous en révèle trois !

Le lycée où Bohem débarque au début du roman, c’est celui où j’ai moi-même atterri, après avoir été renvoyé du mien, au même âge : il s’agit donc du lycée Saint-Michel de Picpus, dans le XIIe arrondissement de Paris. Si vous passez devant les anciens locaux, au 47 boulevard de Picpus, vous reconnaîtrez sans peine le kiosque à musique où Bohem et la bande à Freddy se retrouvent chaque matin – comme nous le faisions, mes amis et moi.

La ville de Providence, plus rurale que le Paris de mon enfance, s’inspire en partie de la petite commune où vivait ma grand-mère, et où je me rendais chaque mercredi : Coye-la-Forêt, dans l’Oise. Vous y retrouverez aisément son lavoir, ses bois, et même les étangs de Commelles… dont j’ai gardé le nom.

Enfin, le bar de José – lieu de perdition de mes vilains petits canards – est une reproduction fidèle du P’tit Picpus, un troquet aujourd’hui disparu, tenu par une famille d’Algériens inoubliables de gentillesse. C’est là que mes amis et moi passions le plus clair de notre temps, à deux pas du lycée…

Voilà. Ce livre reste, pour moi, celui qui me tient le plus à cœur. Il recèle encore des milliers de petits secrets, dont certains que je vous livrerai sans doute dans d’autres Confidences. Mais je suis surtout impatient de vous faire découvrir comment son univers sera transposé à l’écran, dans le film que je développe depuis six ans avec le réalisateur Julien Hosmalin. Le tournage devrait enfin débuter dans quelques mois… Patience !

Confidence Livresque 05 : Bas les masques !

Lorsque j’ai écrit Les Disparus de Blackmore en 2022, mon intention était de rendre hommage à deux des auteurs qui ont le plus marqué mon adolescence : Agatha Christie et Howard Phillips Lovecraft. J’ai donc imaginé une intrigue à la croisée de leurs chemins littéraires : un huis clos sur une île franco-britannique, dans une ambiance so british, digne de Christie, mais teintée de mystère et de bizarrerie, une atmosphère si chère à Lovecraft. Le tout situé dans les années folles, bien sûr, pour ajouter un parfum d’époque.

Ainsi, au moment de créer les personnages (l’une des premières étapes pour moi lors de l’élaboration d’un roman), une idée s’est naturellement imposée. Trois années durant, j’avais mené, avec cinq de mes petits camarades auteurs, une campagne de jeu de rôle un peu folle : Horreur sur l’Orient-Express, dans l’univers de L’Appel de Cthulhu, lui-même inspiré de l’univers lovecraftien. Cinq auteurs, cinq personnages hauts en couleur, portés par des interprètes aussi inventifs qu’enthousiastes. Les cinq gaillards étant des romanciers talentueux, ils avaient campé leurs personnages à la perfection, vous vous en doutez. Ces protagonistes avaient vécu des aventures inoubliables à travers l’Europe, jusqu’à Constantinople. Leur richesse et leur profondeur m’ont donc donné envie de les faire revivre, de leur offrir la postérité, en quelque sorte, en les intégrant dans mon roman – avec leur bénédiction, bien sûr !

Mais alors… les avez-vous reconnus ? Allez, il est temps de lever le voile :

Edward Pierce, détective de l’étrange moustachu et “inverti”, comme on disait à l’époque, au flegme tout britannique, grand amateur d’énigmes ? C’était Fabrice Mazza, évidemment !

Le père Pat Molloy, prêtre irlandais indépendantiste, à la chevelure flamboyante, intrépide et fidèle ? Nicolas Lebel, of course !

Callum McCann, aliéniste fort bavard, mais au cœur si grand ouvert ? Olivier Bal, sans hésitation !

Steve Stevens, antiquaire élégant, à l’allure élancée, pince-sans-rire et fin amateur d’art ? Alexis Laipsker, bien sûr !

Et enfin Nicky Tudor, marin bourru au cœur tendre, bagarreur à la carrure et au nez de boxeur ? Qui d’autre que Niko Tackian ?

Voilà, le secret est dévoilé ! Je me suis régalé à redonner vie à ces personnages dans une nouvelle aventure. Et je dois beaucoup à mes compagnons de jeu, dont l’imagination et l’interprétation ont donné une belle épaisseur à ces figures de fiction. Qu’ils en soient ici remerciés !

Confidence Livresque 04 : Quatre-vingt-huit

Quand j’ai écrit Le Syndrome Copernic, en 2006, l’un de mes tout premiers thrillers, j’ai voulu plonger le lecteur dans l’esprit tourmenté de mon héros, Vigo Ravel — un homme aux prises avec une schizophrénie paranoïde.
Pour rendre cette expérience la plus authentique possible, j’ai travaillé en étroite collaboration avec plusieurs psychiatres. L’un d’eux, chef du service psychiatrie d’un grand hôpital en Isère, a même accepté — en masquant bien sûr l’identité des patients — de me confier certaines lettres écrites par des personnes souffrant d’hallucinations auditives et visuelles, souvent accompagnées de crises aiguës de paranoïa.
Au fil de ces lectures, j’ai commencé à discerner des motifs récurrents, des signes, des obsessions. Parmi eux, l’arithmomanie : ce besoin irrépressible de compter, d’attribuer aux chiffres une signification cachée, presque mystique.
C’est ainsi que j’ai construit chez Vigo cette obsession pour le nombre 88. Tout part d’un détail — sa montre alphanumérique qui, en se brisant, affiche l’heure impossible : 88:88.
Dès lors, le chiffre envahit son esprit. Il le traque, le voit partout. Et, naturellement, je me suis amusé à le dissimuler à mon tour dans le roman…
Mais ce que peu de lecteurs ont remarqué, c’est que le fameux 88 est aussi caché… dans le titre. Eh oui ! Huit lettres dans Syndrome, huit lettres dans Copernic ! (on s’amuse comme on peut…). Allons, cela n’aurait jamais échappé à Vigo !

Il me reste tant d’anecdotes à partager autour de la rédaction de ce livre — comme la précieuse aide de ma sœur Hélène, chercheuse au CNRS, sans qui certaines pages n’auraient jamais vu le jour — mais ce sera pour une prochaine Confidence…

Confidence Livresque 03 : Des loups cachés partout !

En 2002, j’ai eu l’immense chance de rencontrer un joli succès avec la publication de mon troisième roman — qui était en réalité le deuxième tome de La Moïra. Tandis que les ventes s’envolaient en France, la série a commencé à séduire des éditeurs étrangers et, au final, La Moïra a été traduite dans une bonne dizaine de langues, et adaptée en BD.
J’ai l’humilité (sic) de penser que ce succès ne tenait pas seulement à ma plume, mais aussi à un petit coup de pouce du destin : le tome 2 est sorti à un moment où le retour du loup en France faisait grand bruit et déchaînait les passions. D’une certaine manière, je crois que je dois le lancement de ma carrière à cet animal qui me fascine depuis toujours, et que je lui suis redevable (je vous raconterai un jour ma rencontre avec lui, dans une autre Confidence Livresque…).
Ainsi, en 2003, lorsque j’ai publié mon premier polar, Le Testament des siècles, j’ai voulu adresser un clin d’œil discret à mon compagnon de route, et j’ai nommé mon héros Damien Louvel. Depuis, c’est devenu un petit rituel : glisser dans chacun de mes romans une référence — plus ou moins visible — au loup.
Un autre exemple ? Ari Mackenzie, héros du Rasoir d’Ockham et de ses deux suites, porte le nom d’une sous-espèce du loup gris que l’on trouve dans l’ouest du Canada et en Alaska : le Mackenzie.
À vous maintenant de débusquer les autres clins d’œil lupins, disséminés dans mes livres…

Confidence Livresque 02 : L’Apothicaire

Je relance ici ma série des Confidences Livresques, dans laquelle je vous partage anecdotes, souvenirs et petits secrets autour de mes romans – passés ou à venir. Et je commence aujourd’hui avec… L’Apothicaire ! Un polar historique qui se déroule en 1313, et dans lequel j’ai voulu rendre un hommage appuyé à l’un de mes maîtres à écrire : le grand Umberto Eco.

Publié en 2012, c’est sans doute le roman qui m’a demandé le plus gros travail de documentation (et vous le savez peut-être : la documentation, c’est un peu mon dada…). Avec la série des Gabriel Joly, c’est même l’un des rares romans où la recherche s’est étalée sur plusieurs années. Le point culminant ? Dix jours passés à moto (oui, à moto), sur les routes de Compostelle, pour suivre au plus près l’itinéraire d’Andreas et ses compagnons. Chaque jour, je m’arrêtais dans l’une des villes traversées par les personnages, guidé par des experts locaux, qui me faisaient visiter les monuments encore debout depuis le XIVe siècle et me racontaient leur histoire. Grâce à eux, j’ai pu nourrir mon récit d’un maximum d’authenticité.

Mais ce que vous ignorez peut-être, c’est qu’une scène du livre s’inspire très directement d’un moment vécu : la rencontre entre Aalis et une famille de bergers dans un petit village de l’Hérault. J’y ai même gardé les véritables prénoms de ce couple inoubliable – Luc et Marie ! Chaque détail est tiré de ma rencontre, un an avant la rédaction du roman, avec cette famille aussi chaleureuse que fantasque, qui élève toujours chèvres et moutons au milieu des vieilles pierres de la vallée de l’Orb. Et le bébé que Marie tient dans ses bras lors de la scène ? Il existe bel et bien. C’est aujourd’hui un solide gaillard que je retrouve chaque année avec bonheur, lors de mes pèlerinages dans leur village.

Parfois, je me dis que mes meilleures scènes sont peut-être celles qui m’ont été soufflées par la vie elle-même…

Pourquoi, non sans une pointe d’amertume, j’ai réactivé ce foutu compte Facebook…

Vous le savez sans doute,  il y a plus de deux ans, j’ai pris la décision de quitter Twitter, Instagram et Facebook, pour des raisons dont je m’expliquais .

Deux ans et demi plus tard, après de nombreux débats avec mes consœurs et confrères, voilà donc que je me résous à réactiver mon seul compte Facebook, non sans amertume, et je me dois sans doute de vous expliquer pourquoi (si vous en avez quelque chose à faire, bien sûr…).

D’abord, je tiens à dire que le réseau libre et open-source Mastodon reste mon média de prédilection, ma véritable maison, et que je continuerai de le défendre et de vous y espérer de plus en plus nombreux (vous êtes désormais plus de six mille à m’y suivre, dans une ambiance bien plus saine et plus bienveillante, avec des débats plus riches et plus éclairés…). Je reste convaincu que seule cette forme de réseau social, sans publicité ni détenteur privé, pourra nous sortir collectivement des travers propres aux réseaux sociaux propriétaires, des conflits politiques dans lesquels ils nous conduisent et du clivage de plus en plus grand qu’ils érigent entre les habitants de cette jolie planète, en favorisant leur opposition et leurs longues engueulades (source d’audience profitable aux seuls annonceurs…).

Mais voilà, il faut bien que je le reconnaisse : en dehors de quelques amis idéalistes (ou compatissants), la profession n’a pas vraiment suivi le mouvement, et je ne vous cache pas que je suis un peu fatigué de conduire seul ce combat… Si j’ai trouvé sur Mastodon une communauté extraordinaire, par nature plus proche de mes aspirations philosophiques, car libertaire, les écrivains, éditeurs et journalistes n’ont pas franchi le pas, pour la plupart, n’ont pas eu la patience d’attendre que la communauté se reforme ailleurs et sont resté sur lesdits réseaux propriétaires. Je le regrette profondément, car je pense que, eussions-nous tous joué le jeu, nous avions là le moyen d’agir collectivement pour la sauvegarde d’un tissu social bienveillant et de nous débarrasser de “ Goliath ” (comprenne qui pourra…), au moins dans notre grande famille de la culture. Certes, la folie ubuesque d’Elon Musk a fini par convaincre un plus grand nombre de quitter Twitter (il était temps), mais ce n’est pas allé beaucoup plus loin…

Résultat, depuis deux ans, mes liens avec la profession se sont lentement délités, mon contact avec l’actualité de mes collègues et avec l’ensemble des acteurs de l’édition s’est abîmé, et c’est donc pour ne pas disparaître totalement de ma communauté professionnelle que, la mort dans l’âme, je me résous à réactiver mon compte Facebook.

Vous le devinez, il y a un peu de tristesse et de fatalisme dans cette décision. Elle s’accompagne d’un constat désabusé plus large encore, qui me laisse penser que plus le monde avance, plus je m’en sens éloigné. J’ai le sentiment d’assister, impuissant, à une vague obscurantiste et liberticide que je suis fatigué de combattre. C’est peut-être le fruit de l’âge. Parfois, je me demande même s’il n’est pas dans la nature humaine, en vieillissant, de se sentir de moins en moins à sa place dans les évolutions de la société qui nous entoure, comme pour rendre la perspective de son départ moins pénible. “ Je veux mourir malheureux… pour ne rien regretter ” disait Balavoine, et certains auront sans doute repéré le clin d’œil que lui adressait le titre de mon dernier roman.

Alors voilà, je reviens sur Facebook, et vous pouvez m’y trouver .

Et malgré tout, je continuerai le combat. J’espère que nous serons plus nombreux lors de la prochaine bataille.

Henri Lœvenbruck

Gabriel Joly revient…

Encore un peu de patience : après avoir été repoussée, la date de publication du quatrième et dernier volet des enquêtes de Gabriel Joly est fixée ! Rendez-vous en octobre 2025 pour Le Fantôme de Versailles !